“We Are The Champions” de retour dans les stades ! (les White Stripes sont morts.)

 

Nécro-Stripes.

Fell in love with a girl. Ça n’était pas d’une fille dont j’étais tombé amoureux mais d’une fille et d’un gars qui jouaient du Blunk (contraction de blues et de punk) et qui tournaient depuis cinq ans déjà. Avant White Blood Cells et sa tonitruante intro Dead Lives And The Dirty Ground en effet, les White Stripes avaient déjà sorti deux albums, l’un éponyme, l’autre affublé d’un nom bizarre, De Stilj. Je n’en avais pas entendu parler. Et pour cause, parce qu’avant la claque White Blood Cells je croyais que NOFX était le meilleur groupe du monde…

…Erreur. J’allais passer le cap de mes seize ans dans le rouge, le noir et le blanc -les couleurs fétiches du groupe et du clip de Fell In Love With a girl réalisé par Michel Gondry- ma guitare désaccordée comme pour la massacrer à grands coups de Bottleneck. En vain. J’ai jamais réussi à faire comme toi, Jack. J’ai passé trop de temps à tâter du powercord sur NOFX. Depuis, j’ai les doigts comme qui dirait mieuxcrispés. L’Open Tuning, cet accordage si particulier -la potion du Bluesman, en fait-, ça n’a jamais été mon truc. L’ironie de l’histoire quelques années plus tard j’ai rencontré le type qui t’avais appris à jouer de cette manière. Le monde est petit, je sais. On passe très vite de NOFX aux White Stripes.

Si vous tapez son nom sur Wikipédia, Johnny Walker est soit un acteur indien de seconde zone connu pour avoir joué dans plus de trois-cents films, soit une célèbre marque de whisky. Mais croyez-moi ou non, ce type existe et il n’est pas sur Wikipédia. C’est un excellent musicien et accessoirement un psychiatre de son état, fondateur des Soledad Brothers et de Cut The Hill Gang, à moitié fou ou à moitié alcoolique ou à moitié génie, enfin à moitié tout ce que vous voulez. Ouais, je sais, vous aussi vous connaissez un type qui connaît le cousin de Julian Casablancas mais moi j’ai interviewé le gars qui a appris à jouer de la guitare à Jack White, c’est ma petite parcelle de gloire alors laissez-la moi, quoi, merde. Bref, c’était au BT 59 (à Bègles, près de Bordeaux), après l’incroyable prestation du Hill Gang :

« La légende dit que vous avez appris à Jack White comment jouer de la guitare, c’est vrai ?

  • Oh, je lui ai juste appris à jouer en Open Tuning, sur le perron de ma maison. C’est rien, tu sais. On s’en branle un peu…

  • Mais… moi, j’aurais tué pour ça !

  • Alors t’as peut-être besoin de consulter, mon pote. Mon cabinet est ouvert du lundi au vendredi. Mais pas en ce moment, je suis en tournée comme tu vois.

  • C’est quoi cette histoire de cabinet ?!

  • Je suis psychiatre, en fait. Hum, enfin de formation…

Ensuite il s’était marré comme un psychopathe. Avec lui il y avait Buzz, un type extra qui avait partagé un appartement avec Jack White quand il vivait à Detroit. Grand moment. Je l’avais cuisiné un peu, pas longtemps :

  • Et, euh, Meg, c’est sa soeur ou sa meuf alors, finalement ?

  • Ça t’intéresse vraiment ?

  • Euh, ben non en fait.

  • Ben alors ?

  • Alors, euh, je vais reprendre un autre whisky. Monsieur. »

Meg, donc. Qui a donné une leçon à tous ces foutus batteurs de Black Metal en leur apprenant que :

  1. la double-pédale, c’est pour les pédés.

  2. Rien ne sert d’être bonne (techniquement, hein), il faut juste partir avec le bon gars (Jack est le bon gars).

  3. Jamais aucun chevelu au monde ne remplacera une présence féminine derrière les fûts.

Meg, sans qui rien n’aurait été possible. C’est simple, c’est carré, c’est au service de la structure et de la mélodie. Pas de breaks à la con (comme dans NOFX) ; pas de démonstration intempestive (“Hey, Jack ! Et si je rajoutais un petit effet trémolo sur la grosse caisse ?”) ; pas de cacas nerveux égocentriques (pourquoi c’est toujours toi qu’on traite de génie, hein Jack ?!) : juste un rythme ultra-simple (mongole, comme dirait mon batteur de frère, mais c’est ça qu’est bon boudiou !), parfois des choeurs (discrets), et un instant de grâce pure (In the Cold Cold Night). Meg-voix-suave-poignets-de-fer, c’est un peu la Marguerite Duras du Rock. C’est épuré, à la limite de l’autisme même, mais ça va à l’essentiel. Parce qu’en vrai, Meg, on s’en fout que tu sois la grande soeur ou l’ex-femme de Jack, ou qu’il se soit tourné vers les Raconteurs et Dead Weather parce que t’en pouvais plus… non, l’essentiel c’est que pendant dix ans, t’as juste été la meilleur batteuse du monde. Pas la plus talentueuse, non. Simplement la meilleure. (J’ajoute, Meg, si tu lis ces lignes, que je cherche actuellement une batteuse pour former un petit groupe de reprises de NOFX, si intéressée peux-tu laisser ton numéro dans les com’s (LOL) ?)

 

Venons-en maintenant au fait. E-L-E-P-H-A-N-T. L’album parfaitement dosé, un sommet de puissance Bluesy (Ball And Biscuit) et d’originalité (excellente reprise de Burt Bacharach : I Just Don’t Know What To Do With Myself). Et puis, et puis, et puis… Seven Nation Army, of course Si vous vous demandez pourquoi ce titre, ne cherchez pas plus loin, il est la raison même du succès de la chanson : enfant, le petit Jack prononçait Salvation Army -l’armée du salut- de cette façon : “Seven Nation Army”. Voilà, c’est aussi simple que ça. Comme ce riff (je ne vous le chante pas) identifiable au premier coup d’oreille, d’une simplicité absolue, enfantine, et donc, voué au succès. A tel point qu’un connard de supporter, visiblement ça s’est passé en Italie, s’est mis à l’entonner en guise d’incantation jubilatoire… et ça a marché, bordel. Les stades du monde entier se sont mis à scander de concert (c’est le cas de le dire !) la mélodie de Seven Nation Army ! Génial, non ?

Génial, non, en effet. Parce que le triomphalisme ainsi proclamé (Ouaaaais, on a gagnéééé !) est aux antipodes du Blues (genre : TIENS ! Prends ça, nègre !). En récupérant Seven Nation Army, les supporters en ont fait un hymne à la connerie. Attention, hein, j’adore le foot. Et ces chansons un peu con-con, aussi. Mais pas touche aux White Stripes. Parce que qu’est-ce qui se passe après ? Hé bien on entend cette foutue ligne de basse -en fait de guitare très, très grave- le soir, sur RMC, bêtement hurlée par Luis Fernandez qui lui n’a jamais entendu parler des White Stripes. Ça fait mal quand même. Parce que quand j’écoutais Seven Nation Army, j’avais l’impression (comme tout le monde, mais chut !) qu’elle était que pour moi, cette chanson. Parce que moi aussi, si j’avais été Jack White, j’aurais prononcé Seven Nation Army au lieu de Salvation Army. De mon point de vue ç’a été un petit drame que cette histoire de chanson de stade. Jusqu’à occulter le ravageur album Get Behind Me Satan et son incandescent Blue Orchid (moins facile à chanter, n’est-ce pas, bande de gros pleins de bière ?!).

VOILÀ. Maintenant à cause de toi, petit supporter italien, je ne peux plus supporter Seven Nation Nation Army. C’est devenu un vrai tue-l’amour. Comme si votre copine branchait Whitney Houston au moment où vous vous apprêtiez à… enfin, vous voyez, quoi.

Bon allez, la suite et la fin de cette brève nécro. Un dernier album (le plus que moyen Icky Thump) et des centaines de reprises de Seven Nation Army plus tard, Jack éjacule ses riffs ravageurs dans d’autres groupes pendant que Meg, épuisée, s’éteint doucement au milieu de ses cymbales ; l’âme des White Stripes s’est d’ores et déjà envolée. Ajoutez à cela la présence du guitariste dans des films de qualité moyenne (Retour à Cold Moutain), ou ce documentaire (It Might Get Loud) au cours duquel notre fameux héros doit se coltiner un duo avec The Edge, guitariste de U2 (voir la tronche de White quand ils essaient de jouer ensemble) et vous avez là ce qui ressemble à une fin… c’était il y a trois ans, déjà. Heureusement, Jimmy Page est là (dans le documentaire s’entend, consacré aux trois monstres sacrés de la guitare électrique), mais il est fatigué (comme on le comprend !). Et d’ailleurs, il a l’air de s’en foutre un peu, d’être là. Et moi aussi, maintenant, je m’en fous un peu d’être là, au milieu de ces millions (milliards ?) de supporters. Enfoirés. Ils ont tué le mythe. A base de… OK, j’arrête là.

Ecrit par Clément Boileau.

Corrigé par Hugo Canihac

Mis en page par Pierre Olivier Cazenave

Bannière par Sarah Saint-Macaire

Photos piochées au hasard du Web

Liens :

Albums des White Stripes :

The White Stripes, De Stilj, White Blood Cells, Elephant, Get Behind Me Satan, Icky Thump.

- It might Get loud : le documentaire dont parle Clément  dans son article “rencontre de trois légendes du rock”


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